Défense Sicilienne

http://en.wikipedia.org/wiki/Sicilian_Defence



La défense sicilienne débute par les mouvements 1. e4 c5.

La sicilienne est à la fois la réponse la plus populaire et celle qui obtient les meilleurs scores face au premier coup blanc 1.e4. "A vrai dire, la plupart des études statistiques suggèrent qu'1.d4 est le meilleur premier coup pour les blancs, mais cela est uniquement dû au très haut score atteint par 1...c5 face à 1.e4." New in Chess, dans son livre de l'année 2000, indique que, d'après sa base de données, les blancs enregistrent un score de 56.1%, sur un panel de 296,200 parties commençant par 1.d4, contre seulement 54.1% (2% de moins) sur un panel de 349,855 parties débutant par 1.e4. "Le principal responsable de cet état de fait" est la Sicilienne, qui tient les blancs en échec : ils réalisent un score misérable de 52.3% sur un échantillon de 145,996 parties. Un sixième (17%) de toutes les parties entre GMs, et un quart (25%) de toutes les parties répertoriées dans la base de donnée de Chess Informant débutent par une Sicilienne.

Le GM John Nunn remarque que la popularité de la sicilienne s'explique par "sa nature combative; dans de nombreuses lignes, les noirs jouent pour prendre l'avantage, et non seulement pour égaliser. L'inconvénient est que les blancs ont l'occasion très tôt dans la partie de prendre l'initiative, et par conséquent les noirs doivent prendre garde de ne pas succomber à une attaque rapide." Les premiers écrits relatifs à la défense Sicilienne datent de la fin du XVI° siècle, et sont l'œuvre des joueurs d'échecs italiens Giulio Polerio et Gioachino Greco.

En avançant de deux cases le pion c, les noirs prennent le contrôle de la case d4 et entament la lutte pour le centre de l'échiquier. C'est un coup qui, à cet égard, ressemble à 1…e5, la seconde réponse la plus commune à 1.e4. Contrairement à 1...e5, toutefois, 1...c5 brise la symétrie de la position, ce qui va avoir une influence significative sur les actions entreprises par la suite par chacun des deux joueurs. Les blancs, qui ont poussé un pion sur l'aile-roi, ont tendance à garder l'initiative de ce côté de l'échiquier. De plus, 1...c5 contribue peu au développement des noirs, contrairement à des coups tels qu'1...e5, 1...g6, ou 1...Cc6, qui développent ou préparent le développement d'une pièce mineure. Dans de nombreuses variantes de la Sicilienne, les noirs jouent un certain nombre d'autres coups de pions durant l'ouverture (par exemple ...d6, ...e6, ...a6, et ...b5). Par conséquent, les blancs parviennent souvent à obtenir une avance de développement substancielle, ainsi que de dangereuses possibilités d'attaque.

Dans le même temps, l'avance d'un pion aile-dame par les noirs leur offre un avantage d'espace de ce côté de l'échiquier, ainsi qu'une base solide pour d'éventuelles futures opérations sur ce flanc. Souvent, le pion c5 des noirs est échangé contre le pion d4 des blancs en tout début de partie, octroyant aux noirs une majorité de pions au centre. Cet échange de pions a également pour effet d'ouvrir la colonne c pour les noirs, qui vont pouvoir y disposer une tour ou leur dame de manière à affiner leur contre-jeu sur l'aile-dame.

Le GM Jonathan Rowson s'est récemment intéressé aux raisons pour lesquelles la Sicilienne est la riposte à 1.e4 la plus performante, ce bien qu'1...c5 ne développe aucune pièce, et que le pion en c5 ne fasse que contrôler d4 et b4. Il écrit : "Selon moi, il y a une explication très simple. S'ils veulent profiter de l'initiative procuré par le fait de jouer en premier, les blancs doivent saisir l'opportunité d'agir avant que les noirs n'égalisent. Toutefois, pour y parvenir, ils doivent "entrer en contact" avec la position noire. Le premier point de contact vient généralement sous la forme d'un échange de pions, qui mène à l'ouverture de la position. ... Donc, l'idée qui se cache derrière 1...c5 est la suivante : 'OK, je te laisse ouvrir la position, et disposer tes pièces de manière agressive, mais tout cela à un prix : tu dois me donner en échange un de tes pions centraux.'"



Table des matières

1 Histoire

2 Sicilienne ouverte : 2.Cf3 et 3.d4

        2.1 2...d6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 Cf6 5.Cc3

            2.1.1 Variante Najdorf : 5...a6

            2.1.2 Variante Classique : 5...Cc6

            2.1.3 Variante Scheveningue : 5...e6

            2.1.4 Variante Dragon : 5...g6

        2.2 2...Cc6 3.d4 cxd4 4.Cxd4

            2.2.1 Variante Sveshnikov : 4...Cf6 5.Cc3 e5

            2.2.2 Dragon accélérée : 4...g6

            2.2.3 Variante Kalashnikov : 4...e5

       2.3 2...e6 3.d4 cxd4 4.Cxd4

            2.3.1 Variante Taimanov : 4...Cc6

            2.3.2 Variante Kan : 4...a6

            2.3.3 Variante des Quatre Cavaliers : 4...Cf6 5.Cc3 Cc6

            2.3.4 Variante Ga-Pa : 4...Cf6 5.Cc3 Db6

3 2.Cf3 sans 3.d4: troisièmes coups blancs alternatifs

    3.1 2...d6 sans 3.d4

    3.2 2...Cc6 sans 3.d4

    3.3 2...e6 sans 3.d4

4 2.Cf3 : seconds coups noirs alternatifs

5 seconds coups blancs alternatifs

6 codes ECO


1 - Histoire

La défense Sicilienne fut analysée par Giulio Polerio dans son manuscrit sur les échecs de 1594, bien qu'il n'y emploie pas le terme "Défense Sicilienne". Elle fut par la suite étudiée par les forts joueurs de l'époque : Alessandro Salvio (1604), Don Pietro Carrera (1617), Gioachino Greco (1623), et plus tard le Comte Carlo Francesco Cozio (1740). Voici l'avis qu'émettait en 1777 le grand joueur et théoricien français André Danican Philidor : "Cette façon d'entamer la partie ... est absolument défensive, et est très loin d'être la meilleure ... mais elle constitue un très bon moyen de tester un adversaire dont on ne connait pas la force."

En 1813, le maître anglais Jacob Henry Sarratt officialisa sa traduction anglaise du nom de cette ouverture : il la nomma "Défense Sicilienne," en référence à un vieux manuscript qui employait l'expression "il giocho siciliano" ("Le Jeu Sicilien"). La Sicilienne jouit d'une assez bonne popularité pendant la majeure partie du XIX° siècle; Louis-Charles Mahé de La Bourdonnais, Adolf Anderssen, Howard Staunton, Louis Paulsen et Carl Jaenisch la jouaient tous de manière assez cohérente. Dans la neuvième édition de Modern Chess Openings, Walter Korn faisait remarquer que les matchs MacDonnell-La Bourdonnais 1834, Staunton-St. Amant 1843, et le tournoi de Londres 1851, avaient été pour la Sicilienne les trois premiers grands tests pratiques, et avaient grandement contribué à son essor de popularité." Staunton a dit de la Sicilienne : "Selon Jaenisch, l'Handbuch des Schachspiels (= manuel d'Echecs), ainsi que selon moi, il s'agit de la meilleure réponse possible à 1.e4, puisqu'elle rend impossible aux blancs la formation d'un centre de pions, et qu'elle empêche toute attaque.' "

La sicilienne perdit les faveurs des joueurs vers la fin du XIX° siècle, en particulier d'un certain nombre de joueurs très influents. Paul Morphy, qui était le meilleur joueur du monde vers la fin des années 1950, condamnait "ce pernicieux penchant pour la défense Sicilienne ... qui avait duré environ 8 ans, de 1843 à 1851". Wilhelm Steinitz, le premier champion du monde, n'aimait pas la Sicilienne non plus, et lui préférait 1...e5. La mort de ses deux plus grands promoteurs, Staunton et Anderssen (respectivement en 1874 et 1879), contribua aussi à son déclin. On a dit que "ces pertes avaient presque mis la Sicilienne KO, car il s'écoula beaucoup de temps avant que des figures de pareille importance ne brandissent si haut l'étendard de la Sicilienne." George H.D. Gossip, dans The Chess Player's Manual, publié pour la première fois en 1874, écrivait : "Durant les années qui viennent de s'écouler, on a fait des découvertes qui ont eu pour effet de renforcer considérablement l'attaque blanche, et la "Sicilienne" est aujourd'hui considérée par la plupart des autorités modernes comme un type de défense relativement faible." Freeborough et Ranken, dans leur traité Chess Openings: Ancient and Modern (1889, 1896), écrivaient : "[la sicilienne] a eu, à un moment donné, la réputation d'être la meilleure réponse à 1.e4, mais cette réputation ne s'est pas vue confirmée par la pratique populaire. Toutefois, plusieurs joueurs éminents s'en tiennent à l'idée qu'il s'agit d'une défense plutôt sûre".

Au début du XX° siècle, la plupart des joueurs de premier plan continuèrent à bouder la Sicilienne. Capablanca, champion du monde de 1921 à 1927, l'accusa d'être "pleine de trous" (en parlant de la structure noire). De la même manière, James Mason écrivit : "La sicilienne s'est avérée décevante. Elle n'a désormais plus vraiment une réputation de défense de première classe... C'est trop défensif. La Sicilienne crée trop de trous dans la ligne de pions. On donne trop volontiers à l'envahisseur le contrôle des opérations, en particulier au centre." Siegbert Tarrasch écrivait : "1...c5 n'est sûrement pas à strictement parler correct, puisqu'il ne contribue pas au développement, et a pour seul objectif de rendre ardue la tâche des blancs d'occuper le centre. La Défense Sicilienne est un excellent choix pour un fort joueur, prêt à prendre des risques pour forcer le gain face un joueur de niveau inférieur. Cependant, face à un joueur redoutable, c'est un système voué à l'échec."

Néanmoins, quelques joueurs de premier plan, tels qu'Emanuel Lasker (Champion du monde de 1894 à 1921), Frank Marshall, Savielly Tartakower, Aron Nimzowitsch et, plus tard, Max Euwe (Champion du Monde de 1935 à 1937) jouaient la Sicilienne. Même Capablanca et Tarrasch, en dépit des critiques qu'ils exprimaient, la jouaient eux aussi à l'occasion. En 1925, les auteurs de Modern Chess Openings (quatrième édition) écrivaient : "La sicilienne mérite, à plusieurs égards, d'être considérée comme la meilleure défense irrégulière contre 1.e4 à la disposition des noirs, et elle a été employée, avec des résultats intéressants, par les meilleurs joueurs actuels." A cette époque, l'approche adoptée par les noirs était généralement lente et positionnelle, et les attaques blanches tous azimuts, qui devinrent communes après la seconde guerre mondiale, n'avaient pas encore été mises au point.

La flamme de la Défense Sicilienne fut plus tard ravivée dans les forties et les fifties par des joueurs comme Isaac Boleslavsky, Alexander Kotov et Miguel Najdorf. Reuben Fine, l'un des joueurs de premier plan de l'époque, écrivait en 1948 au sujet de la Sicilienne : "Les noirs renoncent au contrôle du centre, négligent leur développement, et s'infligent eux-même des positions horriblement resserrées. Qu'y a-t-il de bon à celà? Et cependant, les brillantes victoires blanches n'ont d'égales que les brillantes victoires noires; maintes et maintes fois, les noirs ont réussi à égaliser puis à prendre l'avantage."

Plus tard, Bent Larsen, Ljubomir Ljubojevic, Lev Polugaevky, Leonid Stein, Mark Taimanov et Mikhail Tal contribuèrent tous grandement à faire de la théorie de la Défense Sicilienne ce qu'elle est aujourd'hui. Grâce aux travaux des champions du monde Bobby Fischer et Garry Kasparov, celle-ci fut finalement reconnue comme la défense qui offre aux noirs les meilleurs chances de gain face à 1.e4. Ces deux joueurs étaient des adeptes du jeu agressif et pointu et, tout au long de leur carrière, ils utilisèrent quasi-exclusivement la défense Sicilienne, ce qui explique sa réputation actuelle. Aujourd'hui, la plupart des GMs incluent la Sicilienne dans leur répertoire d'ouverture. Parmi les joueurs top-niveau qui l'emploient régulièrement, citons : Viswanathan Anand, Boris Gelfand, Vassily Ivanchuk, Alexei Shirov, Peter Svidler et Veselin Topalov. En 1990, les auteurs de Modern Chess Openings (13ème édition) remarquaient qu'"au XX° siècle, la Sicilienne était devenue l'ouverture la plus analysée et la plus jouée, que ce soit par les joueurs de club ou par les maîtres." En 1965, dans la dixième édition de ce livre, le GM Larry Evans observait : "La Sicilienne est la réponse noire assymétrique la plus dynamique à 1.e4. Elle est génératrice de la tension, ainsi que de facteurs psychologiques qui, dans le jeu moderne, laissent augurer du meilleur, et elle indique dès le tout premier coup que le combat va être féroce."


2 - Sicilienne Ouverte : 2.Cf3 et 3.d4

"Il suffit de sacrifier quelques pièces, puis de fondre sur la position adverse."

                    - Bobby Fischer, en réponse à la question comment contrer la sicilienne dragon?.


Plus de 75% des parties commençant par 1.e4 c5 se poursuivent par 2.Cf3; trois grandes possibilités sont alors offertes aux noirs: 2...d6, 2...Cc6, et 2...e6. Les lignes dans lesquelles les blancs jouent ensuite 3.d4 sont regroupées sous l'appellation Sicilienne Ouverte, et sont porteuses de positions extrèmement complexes. Les blancs sont en avance de développement, et disposent d'un avantage d'espace sur l'aile-roi; il est possible qu'ils puissent lancer une attaque de ce côté de l'échiquier. Les noirs, en contrepartie, ont établi un meilleur centre de pions, par suite de l'échange du pion d blanc avec le pion c noir, et peuvent profiter de la colonne ouverte c pour obtenir du contre-jeu sur l'aile-dame.


        2.1 2...d6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 Cf6 5.Cc3

Le coup noir le plus utilisé après 2.Cf3 est 2...d6. Ceci prépare ...Cf6, pour attaquer le pion e sans laisser les blancs l'avancer en e5. La partie se poursuit généralement 3.d4 cxd4 4.Cxd4 Cf6 5.Cc3. Les noirs ont alors le choix entre quatre grandes variantes : (par ordre de popularité), la Najdorf (5...a6), la Classique (5...Cc6), la Scheveningue (5...e6) et la Dragon (5...g6). La variante Kupreichik (5...Fd7) est rarement jouée. On peut la transposer dans une variante plus usuelle (Classique ou Dragon...), mais de nombreuses lignes lui étant propres existent également.

Les deux camps disposent de plusieurs moyens pour dévier des lignes présentées précédemment. Après 3...cxd4, les blancs jouent occasionellement 4.Dxd4, la variante Chekhover, dans l'intention de répondre à 4...Cc6 par 5.Fb5 Fd7 6.Fxc6; ils espérent que leur avance de développement compense la paire de fous noire. Les noirs peuvent éviter cette ligne en jouant 3...Cf6, puisque 4.Cc3 cxd4 5.Cxd4 permet de revenir dans les lignes principales. Toutefois, les blancs peuvent tenter 4.dxc5!?, ce à quoi les noirs répondent soit 4...Cxe4, soit 4...Da5+. A noter également une autre ligne peu utilisée : 3...cxd4 4.Cxd4 Cf6 5.f3!?, la variante Prins; les blancs se réservent l'option c4, avec une formation de type étau de Maroczy (pions en e4 et c4, avec mainmise sur le centre).


            2.1.1 Variante Najdorf : 5...a6

La variante Najdorf est le système noir le plus populaire dans la défense Sicilienne. L'objectif visé par Najdorf avec 5...a6 était de préparer ...e5 au coup suivant, avec gain d'espace au centre; l'immédiat 5...e5?! se heurte à 6.Fb5+!, qui force les noirs à répondre soit 5...Fd7, soit 5...Cbd7. Le premier laisse les blancs libres de procéder à l'échange du fou de cases blanches des noirs, ce qui a pour effet d'affaiblir considérablement la case d5; mais le second autorise 6.Cf5, et seul le maladroit 6...a6 7.Fxd7+ Dxd7 permet aux noirs de sauver le pion d. Dans les deux cas, les blancs ont l'avantage.

Ainsi, en jouant 5...a6, les noirs privent les blancs de l'échec en b5, et rendent possible ...e5 au coup suivant. 5...a6 a aussi l'avantage d'interdire aux cavaliers blancs l'accès à la case b5, tout en préparant la poussée ...b5, ce qui va permettre aux noirs de s'offrir du contre-jeu sur l'aile-dame. Ce plan (5...a6 suivi de ...e5) constitue l'approche traditionnelle des noirs dans la variante Najdorf. Plus tard, Garry Kasparov adopta aussi l'idée 5...a6, mais avec dans l'idée de jouer ...e6 plutôt qu'...e5. Le raisonnement de Kasparov était le suivant : jouer 5...e6 immédiatement (la variante Scheveningue, traitée plus loin) permet 6.g4 (la ligne blanche la plus dangereuse dans la Scheveningue). En jouant 5...a6 d'abord, les noirs interdisent temporairement la poussée g4 des blancs, et attendent de voir ce que ceux-ci vont jouer à la place. En fait, la partie va souvent se voir transposée dans la variante Scheveningue.

En ce moment, l'arme blanche la plus populaire contre la Najdorf est 6.Fe3, qu'on appelle l'Attaque Anglaise, parce qu'elle fut rendue populaire par les GMs anglais Murray Chandler, John Nunn et Nigel Short dans les eighties. L'idée des blancs est d'adopter une formation de type f3 / Dd2 / g4 / 0-0-0. Les noirs peuvent répondre 6...e6, 6...e5 ou 6...Cg4; pour empêcher ...Cg4, les blancs entament parfois leur mise en formation par 6.f3. Les blancs disposent d'une autre idée d'attaque du même genre : 6.Fe3 e6 7.g4 - l'Attaque Hongroise, ou Attaque Perenyi.

Auparavant, 6.Fg5 e6 7.f4 était la ligne officielle de la Najdorf; les blancs menacent 8.e5, gagnant le cavalier cloué. Les noirs peuvent le déclouer très simplement, par 7...Fe7, et les blancs jouent ensuite 8.Df3 puis 9.0-0-0. Les autres lignes à connaître sont 7...Db6, la variante du Pion Empoisonné (popularisée par Fischer), et 7...b5, la variante Polugaevsky, avec la pointe tactique 8.e5 dxe5 9.fxe5 Dc7! 10.exf6 De5+ qui gagne le fou pour le cavalier.

Les blancs disposent d'autres choix de sixième coup. 6.Fe2 prépare le petit-roque et constitue une alternative plus calme que 6.Fe3 et 6.Fg5. Efim Geller fut l'un des premiers à promouvoir ce mouvement, après lequel les noirs peuvent rester dans la Najdorf avec 6...e5 ou transposer dans la Scheveningue avec 6...e6. Parmi les autres possibilités à la disposition des blancs, citons 6.f4, 6.Fc4 (l'Attaque Fischer) et 6.g3. 6.h3, connu sous le nom d'Attaque Adams (d'après Weaver Adams), fut employée plusieurs fois par Bobby Fischer.


            2.1.2 Variante Classique : 5...Cc6

Deux ordres de coups mènent à la variante Classique : 1.e4 c5 2.Cf3 d6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 Cf6 5.Cc3 Cc6, et 1.e4 c5 2.Cf3 Cc6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 Cf6 5.Cc3 d6. Les noirs se contentent de développer leur cavalier sur sa case naturelle, différant le développement de leur fou roi. La réponse la plus souvent proposée par les blancs est 6.Fg5, l'attaque Richter-Rauzer. On doit l'idée du mouvement 6.Fg5 à Kurt Richter; ce coup menace de doubler les pions des noirs après Fxf6. Sur la riposte noire 6...e6, le plan suivant fut imaginé par Vsevolod : Dd2 puis 0-0-0. La pression exercée par les blancs sur le pion d6 force souvent les noirs à répondre à Fxf6 par ...gxf6, plutôt que de recapturer avec une pièce (par exemple avec la reine en d8) qui a également la charge d'assurer la défense du pion d. Ceci affaiblit la structure de pions aile-roi des noirs mais, en retour, ceux-ci jouissent d'une utile majorité de pions au centre.

6.Fc4 est aussi une variante populaire, qui poste le fou sur une case agressive. La plupart du temps, les noirs jouent 6...e6 pour limiter la portée du fou blanc, mais les blancs ont la possibilité de pousser leur pion f en f5 pour mettre la pression sur le pion e6. Après les mouvements 7.Fe3 Fe7, les blancs peuvent soit petit-roquer (l'attaque Sozin, du maître Russe Veniamin Sozin qui l'employa dans les années 1930), soit grand-roquer, avec 8.De2 et 9.0-0-0 (l'attaque Velimirović). Au lieu de 6...e6, les noirs peuvent aussi tenter le coup de Benko : 6...Db6. 6.Fe2 donne aux noirs le choix entre


            2.1.3 Variante Scheveningue : 5...e6

Dans la variante Scheveningue, les noirs se contentent d'un "petit centre" (pions en d6 et e6, plutôt qu'en e5) et s'apprêtent à roquer sur l'aile-roi. Dans cette optique, Paul Keres présenta en 1943 le coup 6.g4 (appelé aujourd'hui Attaque Keres). L'intention des blancs est de chasser le cavalier noir, en poussant le pion g en g5. Si les noirs empêchent celà avec 6...h6, qui est la réponse la plus courante, les blancs ont gagné de l'espace sur l'aile-roi, ils ont découragé les noirs de roquer de ce côté, et ils pourront plus tard jouer Fg2. Si les complications inhérentes à 6.g4 ne sont pas du goût des blancs, ceux-ci disposent d'une alternative majeure : 6.Fe2; la suite-type est 6...a6 (avec une position qui peut aussi être atteinte à partir d'une Najdorf, via 5...a6 6.Fe2 e6) 7.0-0 Fe7 8.f4 0-0. 6.Fe3 et 6.f4 ne sont pas rares non plus.

Bien que la théorie indique que les noirs sont, dans l'attaque Keres, à même de faire jeu égal, les joueurs d'aujourd'hui préfèrent souvent l'éviter en jouant d'abord 5...a6, une idée popularisée par Kasparov. Notons toutefois que les blancs peuvent malgré tout jouer la poussée g4, en la préparant en répondant à 5...a6 par 6.h3 (c'est ce que Fischer jouait parfois) ou 6.Tg1.


            2.1.4 Variante Dragon : 5...g6

Dans la variante Dragon, les noirs fianchettent un fou sur la diagonale h8-a1. Elle doit son nom à Fyodor Dus-Chotimirsky qui, en 1901, remarqua une ressemblance entre la structure de pions de l'aile-roi noire (pions en d6, e7, f7, g6 et h7) et les étoiles de la constellation Draco (Dragon en latin). L'Attaque Yougoslave est la suite blanche la plus agressive dans la Dragon : 6.Fe3 Fg7 7.f3 0-0 8.Dd2 Cc6 9.0-0-0 ou Fc4. Cette variante mène à un milieu de jeu très pointu et est extrèmement compliquée, vu que les joueurs roquent du côté opposé, et que la partie se transforme en course entre l'attaque aile-roi des blancs et la contre-attaque aile-dame des noirs. La principale alternative à l'Attaque Yougoslave dont disposent les blancs est 6.Fe2, la variante Classique.


        2.2 2...Cc6 3.d4 cxd4 4.Cxd4

2...Cc6 est un coup de développement naturel, qui prépare également ...Cf6 (ce coup permet aux noirs, tout comme 2...d6, d'empêcher aux blancs de répondre e5). Après 3.d4 cxd4 4.Cxd4, le coup le plus souvent joué par les noirs est 4...Cf6, ce à quoi les blancs répondent généralement 5.Cc3.

Les noirs disposent alors de plusieurs possibilités : ils peuvent jouer

A part 4...Cf6, les coups noirs les plus importants sont 4...e6 (transposant dans la variante Taimanov), 4...g6 (la Dragon accélérée) et 4...e5 (la variante Kalashnikov). Citons également 4...Dc7 (qui, par la suite, pourra se voir transposé dans une variante Taimanov), et 4...Db6, la variante Grivas, plus rares.


            2.2.1 Variante Sveshnikov : 4...Cf6 5.Cc3 e5

Evgeny Sveshnikov et Gennadi Timoshchenko remirent cette variante au goût du jour dans les années 1970. Avant leur travail, on appelait cette variante la Lasker-Pelikan. Emanuel Lasker l'avait jouée une fois lors de son match de championnat du monde contre Carl Schlechter, et Jorge Pelikan l'avait utilisée quelques fois dans les fifties, mais le succès qu'obtint cette variante par la suite est incontestablement dû au travail de Sveshnikov. La ligne officielle moderne, après 5...e5, est la suivante :

Menaçant Cd6+. 6.Cf5 permet 6...d5! 7.exd5 Fxf5 8.dxc6 bxc6 9.Df3 Dd7, et les autres mouvements de cavalier autorisent les noirs à jouer ...Fb4, et à ainsi égaliser grâce à la tension exercée sur e4.

Les noirs interdisent 7.Cd6+ Fxd6 8.Dxd6, qui donne l'avantage de la paire de fous aux blancs.

Les blancs s'apprêtent à éliminer le cavalier en f6, affaiblissant encore le contrôle exercé par les noirs sur la case d5. L'alternative 7.Cd5 Cxd5 8.exd5 Cb8 est moins jouée.

Les noirs forcent le cavalier blanc à se replier en a3.

Si les blancs jouent immédiatement 8.Fxf6, les noirs sont obligés de répondre 8...gxf6, et après 9.Ca3, ils peuvent transposer dans la ligne principale grâce à 9...b5, ou bien s'en éloigner, avec 9...f5!?

L'innovation de Sveshnikov, qui permet de contrôler c4 et de menacer ...b4, prenant en fourchette les cavaliers blancs. Auparavant, les noirs jouaient 8...Fe6 (la variante Bird), qui permettait la remise en jeu du cavalier a3 par 9.Cc4. La position après le huitième coup noir peut également être atteinte dans l'ordre de coups suivant : 1.e4 c5 2.Cf3 e6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 Cf6 5.Cc3 Cc6 6.Cdb5 d6 7.Ff4 e5 8.Fg5 a6 9.Ca3 b5, plus long d'un coup. (Cet autre ordre de coups donne le choix aux blancs parmi d'autres alternatives, entre autres 6.Cxc6 bxc6 7.e5 Cd5 8.Ce4, préparant c4, et le gambit 6.Fe2 Fb4 7.0-0!?, qui permet Fxc3 8.bxc3 Cxe4.)

La variante Sveshnikov est devenue très populaire chez les maîtres. La poussée noire ...e5 paraît au premier abord anti-positionnelle : elle crée un pion attardé (d6) et affaiblit la case d5. Toutefois, en échange, les noirs s'implantent au centre et gagnent du temps en chassant le cavalier blanc au bord de l'échiquier en a3. Les grands joueurs suivants (parmi de nombreux autres) ont utilisé cette variante : Vladimir Kramnik, Veselin Topalov, Teimour Radjabov, Boris Gelfand, Michael Adams et Alexander Khalifman.

Après 8...b5, les blancs parent habituellement la menace ...b4 en jouant 9.Fxf6 ou 9.Cd5. Après 9.Fxf6, 9...Dxf6?! 10.Cd5 Dd8 échoue sur 11.c4 b4 (11...bxc4 12.Cxc4 est bon pour les blancs, qui menacent 13.Da4) 12.Da4 Fd7 13.Cb5! axb5 14.Dxa8 Dxa8 15.Cc7+ Rd8 16.Cxa8, et le cavalier s'échappe via b6. Par conséquent, 9...gxf6 est forcé, et les blancs poursuivent par 10.Cd5. Le puissant cavalier blanc posté en d5 et la structure de pions aile-roi anéantie des noirs sont compensés par la paire de fous noire et le cavalier blanc hors-jeu en a3. Notons également que les noirs disposent du plan suivant : jouer 10...f5, suivi de ...fxe4 et ...f5 avec le second pion f, ce qui leur permettrait d'exercer un bon contrôle sur le centre. Ils peuvent très bien jouer aussi 10...Fg7 suivi de ...Ce7, de manière à échanger immédiatement le puissant cavalier (en d5) des blancs; on appelle cette ligne variante Novosibirsk.

Au lieu de 9.Fxf6, les blancs peuvent tenter 9.Cd5, qui mène habituellement à un jeu plus calme. Les blancs décident de ne pas doubler les pions noirs sur la colonne f, et la partie va fréquemment se poursuivre 9...Fe7 10.Fxf6 Fxf6 11.c3 : le cavalier blanc est toujours posté en d5, grâce à l'échange du cavalier f6 des noirs, et le cavalier a3 est prêt à revenir en jeu par la manœuvre Ca3-c2-e3. Bon à savoir : 9.Cd5 peut mener à une nulle rapide, après 9...Da5+ 10.Fd2 (pour empêcher 10...Cxe4) 10...Dd8 11.Fg5 Da5+ etc. S'ils veulent éviter celà, les blancs peuvent jouer 11.Cxf6+ ou 11.c4.


            2.2.2 Dragon Accélérée : 4...g6

Comme dans la variante Dragon standard, les noirs développent leur fou en g7; la principale différence entre les deux variantes tient au fait que dans la Dragon Accélérée, les noirs ne jouent pas ...d7-d6, et auront ainsi peut-être la possibilité plus tard dans la partie de jouer ...d7-d5 (gagnant un temps sur la variante Dragon standard). Par exemple, si les blancs essaient de jouer à l'Attaque Yougoslave, 5.Cc3 Fg7 6.Fe3 Cf6 7.f3 0-0 8.Dd2, 8...d5! permet aux noirs d'égaliser immédiatement. Lorsque les blancs jouent 5.Cc3, c'est généralement pour poursuivre 5...Fg7 6.Fe3 Cf6 7.Fc4 0-0 8.Fb3 (anticipant une éventuelle ruse basée sur ...Cxe4 et ...d5), suivi d'un petit roque.

5.c4, l'étau Maroczy, permet aux blancs de sortir des lignes de la Dragon Accélérée. Ceux-ci espèrent grâce à ce coup resserrer la position des noirs, en empêchant les poussées ...d7-d5 et ...b7-b5. Très souvent, cette ligne est moins tactique que beaucoup d'autres variantes de la Sicilienne, et la partie voit, de part et d'autre, plus de manœuvres stratégiques. Sur 5.c4, la ligne officielle est 5...Fg7 6.Fe3 Cf6 7.Cc3 0-0 ou Cg4.


            2.2.3 Variante Kalashnikov : 4...e5

La variante Kalashnikov est une proche parente de la variante Sveshnikov, et on l'appelle parfois la Neo-Sveshnikov. L'histoire du mouvement 4...e5 est une longue histoire; Louis-Charles Mahé de La Bourdonnais l'employa dans les matchs qu'il disputa contre Alexander McDonnell en 1834, et elle jouit aussi d'une certaine popularité dans les forties. Ces parties anciennes exposaient la variante Lowenthal : 4...e5 5.Cb5 a6 6.Cd6+ Fxd6 7.Dxd6 Df6, les noirs abandonnant les deux fous de manière à prendre de l'avance sur le plan du développement. Toutefois, dès lors qu'on eût la certitude que ces lignes permettaient aux blancs de garder l'avantage, elles tombèrent en désuétude.

C'est seulement vers la fin des années 1980 que les joueurs noirs remirent 4...e5 au goût du jour, avec pour idée de s'opposer à 5.Cb5 avec 5...d6 : la variante Kalashnikov proprement dite. Les idées de cette ligne sont les mêmes que celles de la Sveshnikov - les noirs acceptent un pion attardé en d6 ainsi que l'affaiblissement de la case d5, mais gagnent du temps en chassant le cavalier. La différence entre les deux variantes est que les noirs n'ont pas développé leur cavalier en f6 et que les blancs n'ont pas placé leur cavalier en c3, de sorte que les deux joueurs disposent d'options supplémentaires. Les noirs peuvent poster leur cavalier en e7 au lieu d'en f6 (par exemple, après 6.C1c3 a6 7.Ca3 b5 8.Cd5 Cge7, ils ont interdit aux blancs le plan Fg5 / Fxf6 qui doublait les pions sur la colonne f). Ils peuvent également retarder la sortie du cavalier, et jouer d'abord ...Fe7-g5 ou ...f5 directement. Les blancs, pour leur part, disposent du choix 6.c4, qui leur permet d'avoir une meilleur emprise sur d5 tout en interdisant ...b5, mais a pour désavantage d'affaiblir légèrement la case d4.



        2.3 2...e6 3.d4 cxd4 4.Cxd4

Le second coup noir 2...e6 donne la priorité au développement du fou de cases noires. Après 3.d4 cxd4 4.Cxd4, les noirs disposent de trois grandes possibilités : 4...Cc6 (la variante Taimanov), 4...a6 (la variante Kan) et 4...Cf6. Après 4...Cf6 5.Cc3, les noirs peuvent transposer dans la variante Scheveningue, en jouant 5...d6, ou bien essayer 5...Cc6, la variante des Quatre Cavaliers.


            2.3.1 Variante Taimanov : 4...Cc6

La variante Taimanov (qui doit son nom à Mark Taimanov), s'atteint après 1.e4 c5 2.Cf3 e6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 Cc6, ou bien après 1.e4 c5 2.Cf3 Cc6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 e6. Les noirs placent leur cavalier sur une case naturelle de développement, et, concernant le positionnement de leurs autres pièces, se réservent toute possibilité. L'une des idées de ce système est le développement du fou roi en b4 ou en c5. Les blancs peuvent empêcher cela, en jouant 5.Cb5 d6, 6.c4 menant à une version de l'étau Maroczy. La position atteinte après 6.c4 Cf6 7.C1c3 a6 8.Ca3 b6 est une sorte de Hérisson.

Le gambit Kasparov, 8...d5, fut joué deux fois lors du championnat du monde 1985, mais on le considère aujourd'hui comme un mauvais choix.

5.Cb5 est moins fréquemment joué que 5.Cc3, après lequel on voit souvent :

En dehors de ces deux grandes possibilités, on trouve également 5...Dc7 et 5...a6, qui se transposent généralement l'un dans l'autre. L'idée de Taimanov était de jouer 5...a6 (interdisant Cb5) suivi de ...Cge7 et ...Cxd4. Ensuite, lorsque les blancs recapturent avec la reine, les noirs attaquent celle-ci par ...Cc6, avec gain de temps. Citons aussi la variante Paulsen (...Dc7 / ...a6 / ...Cf6), qui jouit d'une bonne popularité.


            2.3.2 Variante Kan : 4...a6

La variante Kan doit son nom à Ilya Kan. En jouant 4...a6, les noirs empêchent Cb5 et préparent une éventuelle poussée ...b5.

La réponse blanche la plus populaire est 5.Cc3. Ce coup pose problème aux noirs au niveau du développement de leur cavalier roi, car Cf6 peut se heurter à e5, qui a pour effet d'affaiblir la case d6 et de chasser le cavalier. Donc, les noirs vont généralement jouer un coup destiné à contrôler la case e5, empêchant l'avance du pion. Le coup principal de la Kan est 5...Dc7, et 5...Cc6 (transposant dans une Taimanov) ou 5....d6 (transposant dans une Scheveningue) sont possibles aussi. Les noirs disposent également de l'alternative 5...b5, mettant la pression sur le centre à partir de l'aile-dame, avec l'idée de jouer b4 pour attaquer le cavalier en c3 ou Fb7, pour s'emparer de la grande diagonale blanche.

Les blancs disposent d'une alternative au cinquième coup : 5.Fd3; après 5...Fc5 6.Cb3, les noirs peuvent soit ordonner la retraite du fou en e7, auquel cas 7.Dg4 va leur poser quelques problèmes sur l'aile-roi, soit jouer 6...Fa7. Notons que 5.c4 est possible aussi, avec une formation de type étau-Maroczy.


            2.3.3 Variante des Quatre Cavaliers : 4...Cf6 5.Cc3 Cc6

La variante des Quatre Cavaliers est utilisée essentiellement comme une porte d'entrée dans la ligne principale de la variante Sveshnikov, dont on parvient à la position après 6.Cdb5 d6 7.Ff4 e5 8.Fg5 a6 9.Ca3 b5. L'intérêt de cet ordre de coups est qu'il permet d'éviter des lignes comme la variante Rossolimo (1.e4 c5 2.Cf3 Cc6 3.Fb5) ou 1.e4 c5 2.Cf3 Cc6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 Cf6 5.Cc3 e5 6.Cdb5 d6 7.Cd5, qu'il est possible d'atteindre dans l'ordre de mouvements normal de la Sveshnikov. D'un autre côté, l'ordre de coups de la variante des Quatre Cavaliers donne aux blancs l'option supplémentaire 6.Cxc6 bxc6 7.e5 Cd5 8.Ce4, et ils ne sont donc pas obligés d'entrer dans une Sveshnikov.

Si les noirs ne cherchent pas à transposer dans une Sveshnikov, la principale alternative consiste à jouer, en réponse à 6.Cdb5, 6...Fb4. Ensuite, 7.a3 Fxc3+ 8.Cxc3 d5 9.exd5 exd5 amène une situation dans laquelle les noirs ont abandonné la paire de fous au profit d'un jeu de pièces actif et de la possibilité de jouer ...d5-d4.


            2.3.4 Variante Ga-Pa : 4...Cf6 5.Cc3 Db6

La dame est mise en jeu tôt dans la partie, pour mettre la pression sur d4 et b2. Les blancs se défendent habituellement en jouant 6.Cb3, mais 6.Fe3 et 6.e5 posent également quelques difficultés aux noirs.



3 - 2.Cf3 sans 3.d4: troisièmes coups blancs alternatifs

Les blancs peuvent tout à fait jouer 2.Cf3, sans intention de poursuivre par 3.d4. Les systèmes traités ci-après sont habituellement classés, avec les seconds coups blancs alternatifs, dans le groupe des Anti-Siciliennes.


        3.1 2...d6 sans 3.d4

Après 1.e4 c5 2.Cf3 d6, la seconde grande possibilité blanche (après 3.d4) est 3.Fb5+ : la variante de Moscou, ou Attaque Canal-Sokolsky. Les GMs choisissent parfois cette variante, qui permet d'éviter la théorie; elle fut par exemple employée par Garry Kasparov lors de la partie online Kasparov - Reste du Monde. Les GMs Sergei Rublevsky et Tomas Oral sont des experts de cette ligne. Les noirs ont trois coups possibles pour parer l'échec : 3...Fd7, 3...Cc6 ou 3...Cd7. Le premier est le plus souvent utilisé; après 4.Fxd7+ Dxd7, les blancs vont jouer soit 5.c4, dans le style étau Maroczy, ou bien tenter 5.0-0 suivi de c3 et d4. La position après 3...Cc6 peut aussi s'atteindre via la variante Rossolimo : 1.e4 c5 2.Cf3 Cc6 3.Fb5 d6.

Une autre possibilité pour les blancs consiste à jouer 3.c3, préparant l'établissement d'un centre de pions avec d4 au coup suivant. La suite la plus fréquemment jouée est 3...Cf6 4.Fe2 (et 4...Cxe4?? bute sur 5.Da4+). Les blancs jouent parfois 3.Cc3, ce qui permet généralement une transposition dans la Sicilienne Ouverte après 3...Cf6 4.d4.


        3.2 2...Cc6 sans 3.d4

La variante Rossolimo, 3.Fb5, est une alternative respectée à 3.d4. Elle tient son nom de Nicolas Rossolimo, et entretient des rapports très étroits avec la variante de Moscou. Habituellement, l'intention des blancs est de jouer Fxc6, doublant les pions des noirs. Les principales réponses noires sont :

Sergei Rublevsky et Tomas Oral jouent tous deux la Rossolimo et la variante de Moscou.

Les blancs vont souvent employer 3.Cc3 comme un outil de transposition; ils vont pouvoir, au coup suivant, jouer soit 4.d4 soit 4.Fb5, selon la réponse noire. Et si, ce qui arrive parfois, les noirs jouent 3...e5 pour éviter ces deux possibilités, alors le meilleur coup à la disposition des blancs est 4.Fc4. 3.c3 transpose dans des lignes de la variante Alapin après 3...Cf6 ou 3...d5.


        3.3 2...e6 sans 3.d4

Les blancs jouent parfois 3.Cc3 juste pour voir ce que les noirs vont faire avant de se résoudre à jouer d4. Avec 3.d3, le plan des blancs est de se mettre en formation d'AEI, avec g3 et Fg2; cette ligne fut employée par Fischer pour anéantir Oscar Panno dans une partie célèbre (Fischer-Panno, Buenos Aires 1970). 3.c3 se voit transposer dans des lignes de la variante Alapin après 3...Cf6, ou dans la défense Française, après 3...d5. 3.b3, préparant Fb2, est indépendant des autres lignes, et est joué peu fréquemment.


4 - 2.Cf3: seconds coups noirs alternatifs

Sur 1.e4 c5 2.Cf3, les noirs disposent de plusieurs options (autres que 2...d6, 2...Cc6 et 2...e6), rarement jouées.

Citons :

2...g6, la Dragon hyper-accélérée ou variante Hongroise, qui peut être transposée dans la Dragon ou la Dragon accélérée. Les blancs ont plusieurs moyens à leur disposition pour éviter celà, entre autres 3.c3, 3.c4 et 3.d4 cxd4 4.Dxd4 (attention toutefois à 3.d4 Fg7 4.dxc5 Da5+).

2...a6, la variante O'Kelly. L'idée de cette variante est que si les blancs jouent 3.d4, il suffit de répondre 3...cxd4 4.Cxd4 Cf6 5.Cc3 e5; les blancs se trouvent alors dans l'impossibilité de jouer Cb5, et les noirs vont être à même d'égaliser par la suite en jouant ...Fb4 et ...d5. Toutefois, après 3.c3 ou 3.c4, il n'est pas évident que 2...a6 ait amélioré la position noire.

2...Cf6, la variante Nimzowitsch. Elle partage des similitudes avec la Défense Alekhine. La réponse blanche la plus forte est de chasser le cavalier, par 3.e5 Cd5 4.Cc3. Ensuite :

2...Dc7, la variante Quinteros. Celle-ci va souvent être transposée dans des lignes classiques, comme par exemple la variante Taimanov ou la variante Paulsen; à noter que les blancs vont également pouvoir jouer 3.c3, dans le style de la variante Alapin, (et la reine noire en c7 n'est pas très bien placée).

2... f5 est connu sous le nom de Gambit de Bruxelles (d'après la ville de Bruxelles en Belgique). L'utilisation de cette variante est à déconseiller, étant donné que les noirs perdent un pion et que leur roi est exposé.


5 - Seconds coups blancs alternatifs

Si les blancs ne souhaitent pas offrir aux noirs le large choix de systèmes disponibles sur 2.Cf3, ils peuvent adopter une option dite "anti-sicilienne" :

2.Cc3 peut déboucher sur plusieurs systèmes différents, selon le mouvement suivant des blancs. L'ensemble des lignes comprenant le coup 3.g3 est appelé Sicilienne Fermée, 3.Cf3 est généralement transposé dans une Sicilienne ouverte, et 3.f4 se transpose dans une Attaque Grand Prix (voir 2.f4 ci-dessus). Les blancs peuvent tout à fait reporter leur choix de variante au coup suivant, en jouant 3.Cge2. Andrew Soltis a nommé cette méthode "Système Caméléon", car les blancs se réservent le droit soit de jouer une Sicilienne fermée, avec 4.g3, soit de transposer dans une Sicilienne ouverte classique avec 4.d4 cxd4 5.Cxd4. Deux inconvénients à cela :

(a) les lignes de la Sicilienne Fermée avec Cge2 tôt dans la partie ne sont pas de nature à poser de sérieux problèmes aux noirs.

(b) si les noirs jouent 2...Cc6 3.Cge2 g6, 4.d4 permet certes aux blancs de transposer dans une Dragon Accélérée, mais sans possibilité de jouer c4, l'étau Maroczy, souvent considéré comme la meilleure ligne à leur disposition.

En vue d'une possible transposition dans une des variantes principales de la Sicilienne, les noirs vont choisir leur réponse à 2.Cc3 en fonction des variantes de Sicilienne ouverte qu'ils apprécient le plus.

2...Cc6 est le coup le plus souvent choisi, mais 2...e6 et 2...d6 sont fréquemment joués aussi. La ligne principale de la Sicilienne fermée est 2.Cc3 Cc6 3.g3 g6 4.Fg2 Fg7 5.d3 d6; ensuite, les blancs vont, la plupart du temps, jouer soit 6.Fe3 / Dd2 / 0-0-0, soit 6.f4 / Cf3 / 0-0.

2. c3 : la variante Alapin (de Semyon Alapin, un joueur qui obtenait de bons résultats en l'employant à la fin du XIX° siècle) ou Sicilienne c3. Elle fut remise au goût du jour à la fin des sixties par Evgeny Sveshnikov et Evgeny Vasiukov. De nos jours, on compte parmi ceux qui la pratiquent avec le plus de réussite les GMs Sergei Tiviakov et Eduardas Rozentalis. Le but des blancs est de mettre en place un centre de pions classiques, avec 3.d4; par conséquent, les noirs doivent contrer immédiatement au centre, avec 2...Cf6 ou 2...d5. La ligne 2...Cf6 3.e5 Cd5 ressemble à la Défense Alekhine, mais l'inclusion des mouvements c3 et ...c5 joue à vrai dire largement en faveur des noirs. Ensuite, les blancs peuvent jouer 4.d4 cxd4 5.Cf3, les noirs ayant alors le choix entre 5...e6 et 5...Cc6. L'autre ligne principale est 2...d5 3.cxd5 Dxd5 4.d4 Cf6 5.Cf3 e6/Bg4. Dans cette ligne, les blancs se retrouvent très souvent avec un isolani après l'échange des pions en d4. Au second coup, les noirs disposent d'une possibilité intéressante : 2...e6, avec pour objectif la transposition dans la variante d'Avance de la Défense Française, après 3.d4 d5 4.e5 (notons toutefois qu'il s'agit d'un coup assez rarement joué).

2. f4 : l'attaque Grand Prix, ou attaque McDonnell (de la 14ème partie du match disputé à Londres en 1834 par Alexander McDonnell et Charles Louis Mahé de La Bourdonnais, qui fut remportée par les noirs). Selon Jeremy Silman (et d'autres), la meilleure réponse noire est 2...d5 3.exd5 Cf6!, le gambit Tal (qui a d'ailleurs entraîné le déclin de 2.f4). 3.Cc3, la variante Toilettes (qui doit son nom à l'endroit où elle fut découverte) permet de refuser le gambit. Aujourd'hui, on préfère jouer Cc3 avant f4. Aujourd'hui, la ligne principale est 2.Cc3 Cc6 3.f4 g6 4.Cf3 Fg7. Ensuite, les blancs ont le choix entre le positionnel 5.Fb5, menaçant de doubler les pions des noirs par Fxc6, ou le plus agressif 5.Fc4, préparant une attaque sur l'aile-roi. Face à Mc Donnell, Louis de la Bourdonnais joua un coup plus rare : 2... e6.


2.d4 cxd4 3.c3 : le gambit Smith-Morra. Il est possible de le refuser, mais il est plus courant de l'accepter, avec 3...dxc3 4.Cxc3 Cc6. Les blancs obtiennent des dédommagements pour la perte de leur pion, mais, étant donné qu'aucun GM ne l'a jamais employé en compétition, on est en droit de s'interroger sur sa valeur intrinsèque. Notons qu'il peut toutefois s'avérer dangereux pour les noirs s'ils ne sont pas préparés à l'affronter, puisqu'il faut éviter de nombreux pièges.

2.Ce2 : la variante Keres, une des favorites de Paul Keres. Les idées de cette variante sont les mêmes que celles du Système Caméléon (dont il est question dans la section traitant de 2.Cc3. Les blancs peuvent continuer 3.d4 (Sicilienne ouverte), ou 3.g3 (Sicilienne fermée).

2.d3 indique que les blancs ont l'intention d'adopter une formation de type AEI, et la partie se voit généralement transposée dans une sicilienne fermée.

2.b3, suivi de 3.Fb2 : la variante Snyder, qui tient son nom du maître USCF Robert M. Snyder. Nigel Short l'a parfois utilisée, et elle est l'une des favorites du GM Géorgien Tamaz Gelashvili.

2.g3 : la variante Steinitz, à partir de laquelle on peut transposer dans une Sicilienne Fermée et qui offre aussi d'autres choix : 2...d5 3.exd5 Dxd5 pour les noirs, et un centre de pions avec c3 et d4 pour les blancs.

2.c4 mène parfois à des positions du type de celles qu'on rencontre dans l'ouverture Anglaise.

2.b4 : le gambit Wing. L'idée des blancs est 2.b4 cxb4 3.a3 (la variante Marshall) : excentrer le pion c des noirs, avant de s'emparer du centre par d4. Toutefois, s'ils jouent de manière précise, les noirs peuvent prendre l'avantage. Conséquemment, le gambit Wing est généralement vu comme un choix trop insouciant. D'après le GM Joe Gallagher, ce gambit est "une relique oubliée, qu'on n'a plus vu régulièrement dans les salles de tournoi depuis l'époque de Frank Marshall et Rudolph Spielmann. Les blancs sacrifient un pion en échange de ... à vrai dire, pas grand chose."

2.a3 est similaire (à l'ordre de coups près) au gambit Wing, l'intention des blancs étant de jouer 3.b4 au mouvement suivant.

2.Ca3 : un coup excentrique, récemment placé sur le devant de la scène (lors de l'édition 2005 de la Russian Chess Championship Superfinal) par le GM Vadim Zvjaginsev, qui l'utilisa trois fois pendant le tournoi, parvenant à annuler par deux fois, et remportant la victoire face à Alexander Khalifman.

2.Fc4 : l'attaque Bowlder a du succès chez les joueurs de club, et chez les débutants qui connaissent peu la Sicilienne : ce coup permet d'attaquer le pion faible f7 et de préparer un rapide petit-roque. Néanmois, après, par exemple, 2...e6, les noirs vont très vite jouer ...d5, avec à la clé ouverture du centre et gain de temps généré par l'attaque du fou.

2. Fe2 : la variante Lente.


6 - Codes ECO

L'ECO classe la défense Sicilienne (à laquelle elle consacre plus de sections qu'à n'importe quelle autre ouverture) dans les sections B20 à B99.

B20-B29 : 1.e4 c5 sans 2.Cf3, et 1.e4 c5 2.Cf3 sans 2...d6, 2...Cc6 ni 2...e6.

B30-B39 : 1.e4 c5 2.Cf3 Cc6, à l'exception des lignes transposables dans des lignes de type 2...d6. Les variantes les plus importantes traitées dans ces sections sont la Rossolimo, la Kalashnikov, la Sveshnikov et la Dragon Accélérée.

B40-B49 : 1.e4 c5 2.Cf3 e6 (y compris variantes Kan et Taimanov).

B50-B59 : 1.e4 c5 2.Cf3 d6; toutes les variantes non-couvertes dans les sections B60-B99. Entre autres : la variante de Moscou (3.Fb5+), 3.d4 cxd4 4.Dxd4, et la défense Classique (à l'exception de l'Attaque Richter-Rauzer), y compris l'attaque Sozin et la variante Boleslavsky.

B60-B69 : attaque Richter-Rauzer de la Variante Classique.

B70-B79 : variante Dragon.

B80-B89 : variante Scheveningue.

B90-B99 : variante Najdorf.